Acheter une maison à Bali : statuts de propriété, zones et budgets pour un étranger

Un étranger ne peut pas détenir la pleine propriété d’un terrain à Bali : il achète un droit d’usage, un bail longue durée ou passe par une société de droit indonésien. Cette contrainte, inscrite dans la loi agraire de 1960, structure tout le marché et explique la plupart des déconvenues rapportées par les acquéreurs français.

L’île attire chaque année plusieurs milliers d’acheteurs européens séduits par les prix affichés et un rendement locatif saisonnier confortable. Le rêve tient debout à condition de comprendre trois choses : ce qu’on achète juridiquement, où l’on achète, et ce qu’il restera au bout de vingt-cinq ans.

Trois statuts, trois niveaux de sécurité #

Le Hak Milik, équivalent de notre pleine propriété, reste strictement réservé aux citoyens indonésiens. Un étranger dispose de trois voies légales. Le Hak Pakai, droit d’usage accordé pour vingt-cinq à trente ans, renouvelable, ouvert aux résidents titulaires d’un titre de séjour valide : c’est la formule la plus proche d’une propriété personnelle, mais elle exige un KITAS ou un KITAP en cours de validité.

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Le leasehold, ou bail emphytéotique, couvre l’essentiel des transactions. On achète un droit d’occupation de vingt à trente ans, souvent assorti d’une option de prolongation négociée à l’avance. Le prix payé décroît avec le temps restant : une villa dont le bail expire dans huit ans vaut une fraction de sa valeur initiale, ce que les vendeurs pressés omettent parfois de rappeler.

Troisième voie, la société à capitaux étrangers, la PT PMA, qui peut détenir un Hak Guna Bangunan, droit de construire de trente ans prorogeable. Cette structure impose un investissement déclaré d’environ 10 milliards de roupies, soit près de 570 000 €, dont une part libérée au capital, ainsi qu’une comptabilité et des déclarations fiscales mensuelles. Elle n’a de sens que pour une activité locative réellement exploitée.

Le montage à éviter absolument #

Le nominee agreement, qui consiste à faire acheter le terrain par un prête-nom indonésien avec des contrats parallèles censés protéger l’acheteur, est nul de plein droit. Les tribunaux indonésiens ont confirmé à plusieurs reprises que le bien revient alors au titulaire officiel du titre, sans indemnisation. Des campagnes de contrôle menées ces dernières années ont conduit à des saisies et à des expulsions d’étrangers. Aucune économie ne justifie ce risque.

Où acheter, et à quel prix #

Canggu et Berawa concentrent la demande locative des voyageurs longue durée : une villa de deux chambres avec piscine s’y négocie entre 160 000 et 260 000 € en leasehold vingt-cinq ans, avec un taux d’occupation annuel de 65 à 75 %. Seminyak reste plus cher et plus dense. Uluwatu et la péninsule de Bukit offrent des terrains encore abordables, autour de 250 à 500 € le mètre carré en bail, mais posent des questions d’accès à l’eau. Ubud, à l’intérieur des terres, séduit une clientèle différente pour des budgets inférieurs de 30 à 40 %. Sanur et le nord de l’île, autour de Lovina, restent les zones les moins tendues.

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À ces montants s’ajoutent les frais : droit d’acquisition BPHTB de 5 % à la charge de l’acheteur, honoraires du notaire PPAT autour de 1 %, et la vérification du permis de construire PBG ainsi que du zonage. Un terrain classé en jalur hijau, la zone verte agricole, ne peut légalement accueillir aucune construction touristique, et le moratoire adopté sur plusieurs communes du sud a gelé de nouveaux projets hôteliers.

Garder un pied sur son marché d’origine #

Beaucoup d’acheteurs financent leur projet balinais par un arbitrage patrimonial en France, en cédant un bien locatif devenu peu rentable. L’opération demande de comparer sérieusement les deux marchés avant de trancher, car la liquidité n’a rien de comparable : revendre une villa en bail à Bali prend souvent huit à quinze mois, contre trois en moyenne pour une maison correctement estimée en France. Parcourir les annonces de maisons à vendre en France avant de s’engager permet au moins de mesurer ce que l’on abandonne et à quelle vitesse on pourrait faire marche arrière.

Fiscalité et exploitation #

Les revenus locatifs perçus en Indonésie y sont imposés, avec une retenue de 10 % sur les loyers pour les non-résidents, et doivent être déclarés en France, la convention fiscale franco-indonésienne évitant la double imposition par crédit d’impôt. La location courte durée exige par ailleurs une licence Pondok Wisata ou une exploitation via une société. Prévoyez enfin 8 à 12 % des loyers bruts pour la gestion déléguée, indispensable à distance, et un budget d’entretien élevé : le climat tropical abîme vite les toitures, les piscines et les menuiseries, et un rendement net annoncé à 12 % descend couramment à 7 % une fois ces charges intégrées.